Osons vivre l’Evangile !
Entretien-bilan avec Jean-Paul Zürcher, secrétaire général sortant du Réseau évangélique suisse
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Au cours de ces huit années passées au service des chrétiens de conviction évangélique, certains vous ont sans doute demandé : « Le Réseau évangélique, à quoi cela sert-il vraiment ? ». Aujourd’hui, comment définiriez-vous la raison d’être de cette organisation ? Pensez-vous que l’existence du RES est dans le plan de Dieu ?
Le RES est un mouvement voulu par Dieu, j’en ai l’intime conviction. Sinon il n’aurait pas vu le jour en 2006. Les origines du RES remontent à la création de l’Alliance évangélique en 1847 en Suisse. Une année auparavant, plus de 900 chrétiens du monde entier, de diverses dénominations, s’étaient retrouvés à Londres, pour fonder ce que l’on peut appeler le premier rassemblement œcuménique de l’histoire de l’Eglise. Ce qui les rassemblait, c’était la volonté de travailler ensemble sur la base d’une même foi évangélique et de lutter, d’une part contre les effets néfastes d’une montée du libéralisme théologique et d’autre part, contre la résurgence d’une forme d’ultra catholicisme. Le but de ces délégués était de réunir le corps du Christ – en tout cas dans sa dimension évangélique. C’est pour cela que ce mouvement a été le fait d’individus et non d’Eglises. En parallèle, la nécessité d’avoir un pôle institutionnel qui soit à même de représenter l’Eglise dans la société s’est progressivement fait ressentir. Au moment de la création du Conseil Œcuménique des Eglises un siècle plus tard, certains se sont demandés s’il ne fallait pas se joindre au mouvement naissant. En 1983, c’est parce que le mouvement évangélique n’avait pas ce pôle institutionnel que la FREOE (Fédération romande d’Eglises et œuvres évangéliques) a été créée par des évangéliques issus des Eglises de professants. La FREOE avait pour but de représenter les intérêts de ces Eglises face aux autorités. En 2006, le RES a combiné ces 2 pôles mouvement et institution, en créant un modèle assez unique en son genre.
Le but du RES est d’être un corps et une voix, au service de ses membres. Est-il utile ? Il est indispensable ! S’il n’existait pas, il faudrait le créer. Son utilité vient du fait que l’unité est dans le plan de Dieu. La diversité est en Dieu. Il est à la fois un et pluriel. Refléter Dieu, c’est aussi refléter cette réalité. Nous ne pouvons nous appeler « frères et sœurs » et nous ignorer ! Si nous sommes une famille, il est indispensable de se côtoyer, de se rencontrer, de travailler ensemble, d’avoir des buts communs... C’est uniquement au sein des familles divisées et éclatées que l’on ne se rencontre plus. Le RES cherche à créer cet esprit de famille parmi les chrétiens de conviction évangélique.
Avez-vous l’impression que la visibilité et la compréhension de l’Evangile en Suisse romande ont augmenté par le travail du RES ?
Indéniablement. Les Eglises et œuvres n’ont plus à choisir entre deux institutions distinctes : la FREOE d’un côté, et l’AER de l’autre. Le RES est le seul organe à même de pouvoir s’exprimer au nom de la mouvance évangélique en Suisse romande. C’est un vrai avantage en termes de visibilité. Ceci se voit aussi au niveau de l’intérêt médiatique, qui a clairement augmenté depuis la création du RES. La visibilité est également plus grande au niveau des politiques. Je trouve intéressant que les recommandations votées par l’AG ces deux dernières années aient pu être envoyées à des membres du Conseil fédéral pour les interpeler sur des thèmes liés à la liberté religieuse ou à la pauvreté. Récemment, nous avons envoyé une invitation à l’ensemble des parlementaires suisses pour les informer du Jour du Christ et les inviter à participer. Le fait que l’on puisse s’exprimer au nom de 250’000 chrétiens en Suisse donne indiscutablement du poids à nos paroles. Ainsi nous sommes mieux à même de défendre certains intérêts que nous considérons essentiels et contribuons à préserver un cadre qui permet l’annonce de l’Evangile.
Quels sont d’après vous, les plus grands succès de ce Réseau ?
Premièrement, je voudrais mentionner la mise sur pied de la Conférence des présidents d’union d’Eglises. Les présidents ne se connaissaient pas nécessairement jusqu’en 2006. Ils n’avaient pas de lieu où se côtoyer. Depuis la création du RES et de la Conférence des présidents, on a vu une relation et un état d’esprit nouveau naître entre ces présidents. Des projets communs voient le jour. Des difficultés ont pu être résolues par le biais de ce lieu d’échange et de partage. Un deuxième exemple est la campagne StopPauvreté. Cette campagne a conduit à une prise de conscience de plus en plus grande dans les Eglises, qu’il ne s’agit pas d’accorder son attention uniquement à ce qui touche au salut de l’âme, comme si l’individu était désincarné. L’Evangile de Jésus-Christ est intégral, incarné, et se centre sur l’ensemble des besoins de la personne. StopPauvreté permet d’être sensible à une mission intégrale. Un troisième élément positif, c’est le poids que nous avons quand nous pouvons parler au nom de 250’000 personnes en Suisse.
Quel est actuellement le plus grand défi du RES ?
Le RES est confronté à plusieurs défis. Premièrement, nous devrions réussir à parler d’une seule voix au niveau suisse. Pour cela, il faudrait pouvoir établir une vraie stratégie sur le plan national. C’est de cette manière que nous pourrons promouvoir, sur le plan fédéral et cantonal, des lois fondées sur des principes bibliques. Nous agissons encore malheureusement trop au coup par coup et n’anticipons pas assez les vraies questions sur lesquelles nous devrions avoir de l’influence. Deuxièmement, nous souhaitons que l’ensemble des chrétiens de conviction évangélique rejoignent le RES. Il y a là un défi en ce qui concerne les Eglises indépendantes, les réformés de conviction évangélique ainsi que les communautés étrangères, que l’on appelle aussi Eglises de migrants. Enfin troisièmement, nous avons clairement un défi au niveau des ressources financières et humaines dont nous disposons pour atteindre ces objectifs sur le plan romand. Actuellement, nous n’avons tout simplement pas les moyens correspondant à nos ambitions.
Vous mentionnez le défi d’intégrer au sein du RES l’ensemble des chrétiens de conviction évangélique. Aujourd’hui, environ la moitié d’entre eux « seulement » en fait partie.
Les plus grandes dénominations font parties du RES, mais le mouvement évangélique est bien plus grand que ces quelques dénominations. Je pense que les Eglises indépendantes auraient tout intérêt à rejoindre le RES, non seulement pour la crédibilité qu’elles gagneraient, mais surtout pour entrer dans une famille, un mouvement où l’on s’aide mutuellement, où l’on échange, où l’on prie ensemble et où l’on cherche à être des agents de la Bonne Nouvelle.
Avez-vous l’impression que les chrétiens de Suisse jouent pleinement leur rôle dans la société dans laquelle ils vivent ? Dans quel domaine devrions-nous progresser, selon vous, dans la manière dont nous vivons et proclamons l’Evangile ?
Il y a une timidité et une gêne de plus en plus grandes à témoigner de sa foi ouvertement dans une société où toutes les opinions se valent – sauf celles qui prétendent qu’il existe un seul Dieu et un seul chemin de salut en Jésus-Christ. Dans ce contexte, nous avons besoin d’un nouveau souffle, de plus de hardiesse et de l’aide du Saint Esprit. Nous avons connu les cours Alpha ou le journal Un quart d’heure pour l’essentiel. Il s’agit d’excellents outils, mais qui ne suffisent pas. Aujourd’hui, nous avons besoin de montrer en quoi l’Evangile est une bonne nouvelle pour ceux qui nous entourent et ce que cela va changer concrètement dans leur vie. Jésus-Christ s’est intéressé aux besoins spirituels, mais aussi personnels et matériels des gens. Or actuellement, beaucoup se sentent laissés sur le carreau par l’Etat et la société. Notre défi, c’est d’être là pour leur offrir une alternative de vie, en nous préoccupant de l’ensemble de leurs besoins. Pour que la Bonne Nouvelle soit vécue et proclamée, vivre la compassion et l’amour sont des clés.
Beaucoup de croyants en Suisse prient Dieu pour qu’il suscite un réveil spirituel dans ce pays. Pourtant, force est de constater que le nombre de chrétiens pratiquants en Suisse diminue et que le nombre de chrétiens de conviction évangélique stagne !
Les réveils sont d’abord l’affaire de Dieu. Mais il est tout de même troublant de constater que l’Evangile progresse partout dans le monde sauf en Occident. On recense plus de 400 millions de chrétiens de conviction évangélique au sein de l’Alliance évangélique mondiale (AEM), dont 15 millions seulement en Europe. Le centre de gravité de l’évangélisme est clairement au Sud. L’Occident s’apparente à une terre qui retourne au paganisme à grande vitesse. Ici, les défis actuels ressemblent un peu à ceux de la première Eglise dans le livre des Actes, à la différence près que les premiers disciples arrivaient dans une terre vierge, alors que notre société est vaccinée contre le christianisme et ses institutions. Nous devons réapprendre à dire et vivre l’Evangile dans un environnement où il ne suffit plus de parler d’un Dieu d’amour, mais où l’on doit revenir à des fondamentaux tels que l’existence d’un Dieu créateur dont nous sommes totalement distincts et d’un Dieu souverain qui pourvoit à l’ensemble de nos besoins.
Personnellement, comment avez-vous vécu ces années dans votre rôle de secrétaire général de l’Alliance évangélique romande, puis du Réseau évangélique suisse ?
J’ai reçu un appel clair du Seigneur pour ce ministère en 2002, qui a été essentiel dans mon engagement. Je peux dire que ces années ont été bénies. Je suis très reconnaissant du bilan que je peux tirer après huit années d’activité. Il y avait là un temps donné par Dieu pour redynamiser le mouvement évangélique et j’ai eu le privilège d’être un instrument de Dieu dans cette période particulière. Mais ce bilan positif est aussi et d’abord le fruit d’un travail d’équipe. Et si quelque chose a été possible, c’est par la grâce de Dieu ! Ces années bénies ont cependant aussi demandé une très forte implication personnelle, que ce soit pour relever une AER moribonde, pour piloter la fusion avec la FREOE, ou pour donner une assise et une crédibilité au RES. Elles ont été parfois difficiles du fait de l’opposition rencontrée par moments. Certains obstacles n’ont pas pu être surmontés, même à l’heure actuelle. Mais globalement, on a pu franchir une étape importante. Un temps nouveau de consolidation est désormais nécessaire pour renforcer l’unité et la visibilité du mouvement évangélique en Suisse, mais ce sera maintenant l’affaire de mes successeurs. Je pars avec l’assurance et la reconnaissance d’avoir vu la bonne main de Dieu agissant dans ce que nous avons pu vivre et je suis convaincu qu’il continuera d’intervenir également pour la suite.
Quel encouragement souhaiteriez-vous faire passer aux chrétiens de ce pays ?
La société est en crise. L’Eglise aussi, d’une certaine manière, en tout cas dans sa dimension institutionnelle. Il me semble donc plus important que jamais que les chrétiens s’engagent pour être sel de la terre et lumière du monde. Cela implique, selon moi, d’être présents dans les différentes sphères d’influence de la société, telles le social, le politique, l’économie, l’éducation, les médias, la culture ainsi que la sphère spirituelle. Je pense que nous devrions avoir une vraie stratégie d’Eglise pour encourager les jeunes à se lancer dans ces domaines et à prendre des responsabilités importantes. En même temps, il faut former les dirigeants qui sont chrétiens, les équiper sur le plan théologique, afin qu’ils aient une vision chrétienne qui permette réellement au royaume de Dieu d’avancer dans la société. Je souhaite encourager les Eglises à prier et soutenir leurs membres en situation de responsabilité, qui occupent des postes importants, considérant que ce sont leurs missionnaires dans la société au même titre que l’on envoie et soutient des missionnaires outre-mer.
> Propos recueillis par Michael Mutzner