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Unité: comment croiraient-ils en Dieu? druckerfreundlich
Publikations Datum: 09.06.2004

Evangéliques 2004/2:

Comment croiraient-ils en Dieu si les chrétiens se déchirent ?

Alliance évangélique: nous avons besoin d'une plus grande unité spirituelle

Dans beaucoup d'Églises chrétiennes s'exprime le désir d'un œcuménisme plus développé, de plus d’unité avec les autres Églises, et parfois même avec les autres religions. Mais quel est le fondement d’une telle unité, et en vue de quoi ? L'Alliance évangélique en Allemagne organise actuellement une manifestation d’envergure dans huit grandes villes, précisément dans le but d’encourager l’unité. Cet organe faîtier, qui représente les intérêts de 1,3 millions de protestants, veut apporter une contribution à l’unité des chrétiens. Mais le thème de l’unité est un objet de controverses jusqu’au sein du monde évangélique. Comment se présente la question de l'unité en Suisse? Différentes conceptions menacent une véritable unité en Christ, comme nous l’explique Fritz Herrli dans l’entretien ci-après.

Quand l'Alliance évangélique fut fondée à Londres en 1846, elle se définissait comme le premier mouvement œcuménique au sein du protestantisme. Pourquoi l’Alliance Évangélique, comme elle le fait actuellement en Allemagne, a-t-elle besoin toujours encore de parler de cette question de l’unité?
Parce que même parmi les chrétiens qui se rassemblent sous la bannière de l'Alliance évangélique, les choses ne sont plus très claires. Pourquoi et quel est le but de l'unité entre chrétiens? C'est souvent la note émotionnelle qui prime aujourd’hui quand on parle d'unité; on trouve normal que des chrétiens qui s'entendent bien et qui sont sur la même longueur d'onde se mettent ensemble. Et pourtant, lorsque Jésus-Christ parle d’unité, ce n’est pas de cela qu’il parle.

De quoi s'agit-il alors?
La Bible affirme que tous ceux qui se sont décidés à suivre Jésus, qui se sont convertis comme on dit dans le piétisme, sont "un en Christ". Et cela, indépendamment de leur Église, de leur nationalité ou de leur âge.

L’unité vient de Dieu

Que signifie concrètement l'expression "un en Christ"?
Dieu a accompli l'œuvre décisive. Grâce à lui, les chrétiens sont unis de façon indissoluble. C'est un fait, et non une œuvre à accomplir. Dans ce sens, l'Alliance évangélique ne crée aucune unité; elle aide plutôt à rendre visible au monde l'unité créée par Dieu. Et, compte tenu des gens qui, dans notre propre pays, ne savent presque plus rien de Dieu et ne connaissent plus l'Évangile biblique, c'est plus important que jamais. Comment pourront-ils en effet croire à l'amour de Dieu si les chrétiens se font la guerre, se querellent, se calomnient? Même en dehors de la crédibilité du témoignage auprès du monde, l'unité est importante pour nous : nous sommes responsables les uns à l'égard des autres. Il importe donc que nous priions ensemble, que nous nous portions garants les uns des autres et que nous nous épaulions mutuellement. Ce qui nous unit est bien plus important que ce qui nous divise.

Qui est inclus dans ce "nous"? Qui est chrétien, selon l’Alliance ?
Il ne s'agit pas de la définition que l'Alliance donne du chrétien, mais des déclarations claires de la Bible; elles sont fondamentales pour l'Alliance évangélique. Il est dit dans l'Évangile de Jean, au chapitre 3, que tous ceux qui croient au Seigneur Jésus ne périront pas, mais ont la vie éternelle. Le chrétien est donc celui qui place sa confiance en Christ et vit en communion avec lui. Quelques versets plus haut (v. 3), Jésus appelle ce phénomène une nouvelle naissance. Celui qui ne l'a pas expérimentée n'est pas chrétien. Tout en dépend, non seulement dans cette vie, mais également dans l'éternité. Au verset 18, Jésus déclare: "Celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu." Il n'y a donc rien de plus important que d'être au clair sur cette question.

Quel œcuménisme ?

Quand on parle d’unité, on pense au mouvement œcuménique mondial tel qu'il est représenté par le Conseil Œcuménique des Églises. Par ailleurs, comme c’était déjà le cas dans les paroisses réformées, de nombreuses Eglises évangéliques collaborent aujourd’hui avec l’Eglise catholique romaine. Où réside donc la différence entre l’Alliance et ces mouvements d'unité plus vastes?
Le mouvement œcuménique est une communion d’Eglises, alors que l’Alliance est avant tout une communion de chrétiens. Il est vrai qu’en Suisse, nous avons depuis quelques années des paroisses et communautés locales qui peuvent être membres. Mais la condition demeure : l’unité donnée en Jésus-Christ ne peut se vivre qu’entre personnes qui ont été sauvées par lui. Ce qui reste déterminant pour une unité vraie, c’est le fait d’appartenir au peuple de Dieu, et non d’être membre d’une Eglise, puisque l’on peut être membre d’une Eglise simplement par naissance. Pour l’Alliance, nous savons très bien en fin de compte que, même si nous avons des Eglises locales qui sont membres, l’unité ne prendra forme qu’au travers de ce que les chrétiens engagés individuellement seront prêts à faire ensemble.

Lors de la création de l'Alliance, il était question de la collaboration entre protestants, depuis les baptistes jusqu'aux luthériens ou aux réformés. La collaboration avec les catholiques était alors impensable. En est-il autrement aujourd'hui?
Comme nous sommes une alliance entre chrétiens, seuls sont concernés les individus qui croient personnellement au Seigneur Jésus. La question de l'Eglise à laquelle ils appartiennent importe donc peu. Ce qui compte, en revanche, c'est que les membres souscrivent aux huit articles de la Déclaration de foi de l'Alliance évangélique. Si autrefois, le refus d'inclure l'Église catholique était sans appel, il en allait déjà autrement de l'admission de chrétiens catholiques individuels.

Peut-on avoir un évêque dans l’Alliance ?

Se pourrait-il qu'un évêque catholique soit membre de l'Alliance?
Si, conformément à la Bible et aux principes de l'Alliance, il s'appuie exclusivement sur Christ et se reconnaît responsable devant lui seul, alors oui, c'est possible. Je présume toutefois qu'en raison du niveau atteint par l'évêque dans la hiérarchie de l'Église catholique, ce soit difficile. Pour nous, la Bible est la seule autorité suprême, et elle ne peut être limitée ni par des dogmes, ni par des décisions synodales ou ecclésiastiques. Il peut donc s'avérer difficile pour un représentant officiel de l'Église catholique de collaborer avec l'Alliance évangélique. Il faut cependant ajouter qu'en Suisse, il y a toujours à nouveau des prêtres catholiques et des responsables de paroisses qui sont prêts à collaborer avec les alliances locales et qui participent aux projets de l'Alliance Evangélique Suisse (AES). L’exemple le plus récent est celui du journal d’évangélisation "4telstunde für Jesus" conçu par l'Alliance évangélique de Suisse allemande (cf. notre numéro précédent). Ce journal gratuit a été largement distribué dans les milieux catholiques et a rencontré beaucoup d'intérêt. L’intérêt des milieux catholiques est là aussi pour notre Dimanche de l’Eglise persécutée. Mais la base théologique de l'Alliance n'a pas bougé d'un iota.

Pas d’Eglise de l’Alliance

Les chrétiens passent aujourd’hui facilement d’une Eglise à une autre. Puisqu'il existe un peu partout un désir d'unité, pourquoi ne pas créer quelque chose comme une " Église de l'Alliance "?
Dans le Nouveau Testament, l'unité ne se réduit pas à une organisation. Quand Jésus-Christ parle d'unité (Jn 17), il sous-entend avant tout l'unité spirituelle. Quant à la forme extérieure d'Église qu'elle peut prendre, c'est une autre question. Déjà dans le Nouveau Testament, il y avait des Églises locales qui étaient d'accord sur l'essentiel, mais affichaient des différences notoires sur d'autres sujets. Quiconque lit les épîtres néotestamentaires s’en aperçoit rapidement. De plus, nous avons derrière nous 2000 ans d'histoire de l'Église. Non, je ne crois pas personnellement qu'il faille tendre vers l'objectif de créer une Église de l'Alliance. Plutôt que d’avoir une seule Eglise, nous ne ferions qu’en ajouter une de plus. L'Alliance reste un mouvement de chrétiens de différentes Églises. C'est notre voie, notre vocation, en quelque sorte. C'est pourquoi nous ne songeons pas à créer une Église de l'Alliance et ne cherchons pas non plus à créer des Églises.

Serait-il possible qu'une Église locale se rattache à l'Alliance tout en n’étant affiliée à aucune autre fédération ou union d’Eglises ?
La Suisse compte toujours davantage de communautés et de groupes indépendants, qui refusent de se rattacher à des unions ou des fédérations d'Églises traditionnelles, pour différentes raisons. Il existe également de plus en plus de communautés ethniques, comme des Églises africaines, chinoises, sud-américaines, etc. L'AES s'intéresse beaucoup à ce que ces communautés puissent s’engager dans des collaborations au niveau des sections locales, ce qui est déjà le cas pour plusieurs.

Unité et vérité

Le thème de l'unité est-il encore d'actualité? Aujourd’hui, presque toutes les Églises en parlent, et certains vont même jusqu'à prôner une unité avec les Juifs et les musulmans. Devant cette tendance à l’interreligieux, ne serait-il pas plus urgent de traiter la question de la vérité ?
Les deux sont importants, vérité et unité. A cause de la confusion religieuse et spirituelle qui règne, il est de la plus grande importance de prêcher clairement la vérité qui se nomme "Jésus-Christ", car il n'y a finalement pas d'autre médiateur que lui entre Dieu et les hommes (1 Tm 2.5). Mais l'unité des chrétiens est elle-même menacée par des discussions sans fin, par le souci de conserver son originalité, et par l'esprit de clan. Nous n'avons pas le droit de considérer comme sans importance ce que Jésus lui-même a estimé assez important pour en faire un sujet de prière (Jn 17.21-23). Au sein de l'Alliance évangélique, nous insistons sur les deux aspects: l'unité spirituelle entre nous, mais une unité fondée en Jésus-Christ, seule vérité. Plus nous sommes unis à lui, plus nous sommes unis les uns aux autres.

N'oublions pas que l'unité, au sens où l'Alliance l'entend, n'est pas un but en soi. Nous y voyons une condition nécessaire à l'évangélisation: les chrétiens doivent être un "pour que le monde croie" (Jn 17.21). C'est à leur unité et à leur amour que l'on doit reconnaître les chrétiens, et, à travers eux, Christ.

> Fritz Herrli est responsable de la communication au sein de l'Alliance Evangélique Suisse (AES). Il est également rédacteur en chef du journal Idea-Suisse.

Réseau évangélique suisse (RES), Case postale 23, 1211 Genève 8, Tél. 022 890 10 30, Fax 022 890 10 31, E-mail contact@each.ch, CCP 10-22381-5