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Liberté religieuse menacée en Suisse ? druckerfreundlich
Publikations Datum: 03.05.2005

Evangéliques 2005/1:

La liberté religieuse menacée en Suisse?

La liberté de croire et de témoigner de sa foi est l'un des droits humains fondamentaux

Alors que les chrétiens sont le groupe religieux le plus discriminé au monde et que la société occidentale a de plus en plus de mal à accepter un discours à prétention universelle (entendez par là l’affirmation que Jésus seul est Sauveur et Seigneur), il est urgent pour les chrétiens de bien comprendre les enjeux liés à la restriction progressive de la liberté de croyance.


Evoquant la persécution, la Commission pour la liberté religieuse de l’Alliance Evangélique Mondiale (AEM) affirme que celle-ci passe habituellement par trois phases. Tout d’abord, il y a désinformation. Par le moyen d’articles de presse ou d’émissions télévisées, on dépouille les chrétiens de leur bonne réputation et de leur droit de réponse aux accusations formulées contre eux. Ainsi, l’amalgame que font certains médias entre la politique du président Bush et l’ensemble du mouvement évangélique a pour effet d’engendrer une certaine antipathie de la population. Le dossier paru dans le Nouvel Observateur en mars 2004 sur les évangéliques en France s’autorisait des approximations qui ont fait réagir l’ensemble du mouvement évangélique. Le dossier avait été écrit par le seul observateur religieux que possède l’hebdomadaire, un musulman ! Un véritable droit de réponse a été refusé, l’hebdomadaire ayant même persisté et signé en assimilant globalement les évangéliques à une secte !


Discrimination et persécution

La répétition fréquente de telles désinformations mène à l’étape suivante, la discrimination. La discrimination relègue le chrétien à un rang de citoyen de deuxième classe, avec un statut légal, social, politique et économique inférieur à celui de la majorité des habitants du pays. Une fois les deux premières conditions établies, il devient possible de pratiquer en toute impunité une persécution subtile ou déclarée sans que se mettent en place les mesures normales de protection. La persécution peut être le fait de l’Etat, de la police, de l’armée, d’organisations extrémistes, de la foule, de groupes paramilitaires ou de zélotes religieux.
Il est d’une importance primordiale de reconnaître cette évolution en trois étapes afin de procéder à une action opportune, ferme et appropriée dès les premiers signes de désinformation.


Une cause fondamentale

Si la liberté religieuse est tellement importante, c’est qu’elle est intimement liée à l’identité humaine. En effet, l’être humain a besoin de se situer dans ce monde, de comprendre d’où il vient et où il va. C’est un être spirituel qui cherche à comprendre le sens des choses et leur but. Lui retirer ce droit de croire, d’avoir une relation vitale avec Dieu, c’est déshumaniser l’homme. C’est renier les éléments qui constituent son identité.
La liberté religieuse est une des caractéristiques essentielles d’une véritable société humaine. Une société ne peut être construite solidement sans que la dignité profonde des individus soit respectée. Sans ce droit fondamental, le fondement de l’existence d’une société s’écroule, car l’honneur, le respect et la bienséance n’existent plus.

> Jean-Paul Zürcher

 

 

Convention européenne des Droits de l’Homme

Ce texte, appelé aussi "Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales", a été adoptée par les gouvernements signataires du Conseil de l’Europe, dont la Suisse fait partie. Il s’agit d’un texte plus pointu que notre Constitution fédérale.

Art. 9 - Liberté de pensée, de conscience et de religion

(1) Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites.

(2) La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l'ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.

A cet article 9, il faut ajouter le 10, qui parle de la liberté d’expression, et le 14, qui interdit la discrimination, de quelque ordre qu’elle soit.

 

Réagir face à un refus

Comment ne pas se laisser grignoter le droit à la liberté de religion ?

La liberté religieuse est le fondement et le test décisif de tous les autres Droits de l’Homme. Mais comment réagir lorsqu’on nous refuse de distribuer des tracts, d’obtenir une salle communale, de tenir un stand ou de chanter dans un hôpital? Comment réagir si l’on parle mal de nous dans les médias? Dans toute situation où la liberté religieuse semble mise à mal, la réaction peut s’échelonner selon les points suivants :

  1. N’agissez surtout pas sous le coup de l’émotion. Donnez-vous un peu de temps. Restez calme et serein : Dieu est le Maître de l’Histoire.

  2. Prenez éventuellement contact avec la Commission pour la liberté religieuse de l’AES pour solliciter son avis.

  3. Rédigez un courrier qui présente, paragraphe après paragraphe, les différents arguments que vous avez à faire valoir. Appuyez-vous sur la Convention européenne des Droits de l’Homme (art. 9,10,14). Citez aussi trois textes des Nations Unies évoquant la liberté de conscience, de religion et d’expression : la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (art. 18 et 19), le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, (CCPR, art. 18,19 et 26), et la Déclaration sur l’élimination de toute les formes d’intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction (art. 2 et 8).

    Si d’autres groupes obtiennent les droits qui vous sont refusés, montrez comment ce refus constitue une discrimination à votre égard. Cherchez à rassurer en montrant, le cas échéant, que la neutralité de l’Etat n’est pas en danger, parce que vous ne sollicitez pas de prière de sa part. Montrez aussi qu’une interdiction n’est pas un acte neutre, mais un acte contre la liberté d’expression. Si votre manifestation doit être supprimée parce qu’elle ne peut avoir lieu en un autre endroit, ne manquez pas de le souligner. Votre but est de convaincre. Sachez donc montrer que vous maîtrisez bien le dossier et que vous allez persévérer.

  4. Au lieu du courrier, ou en cas de non réponse, vous pouvez solliciter une entrevue pour chercher un terrain d’entente. Demandez-vous pourquoi votre demande de départ a été refusée : le responsable a-t-il eu de mauvaises expériences avec des Eglises? A-t-il peur de devoir accorder les mêmes privilèges à un mouvement islamiste? Son refus vient-il du fait que vous ne vous êtes jamais fait connaître, et qu’il peut attribuer à votre association un caractère sectaire? S’il s’agit d’un journaliste, pourquoi ne pas l’inviter un dimanche matin dans votre communauté pour qu’il puisse se rendre compte par lui-même de qui vous êtes?

  5. Si l’entrevue vous est refusée, et qu’il y a réellement atteinte à la liberté religieuse, demandez-vous comment vous allez continuer, tout en restant pacifique. Allez-vous…

- demander à vos membres d’écrire des lettres (brèves, claires, polies) à l’instance concernée?
- faire une pétition que vous allez remettre en mains propres aux protagonistes?
- commencer un débat dans les médias?
- entamer une procédure judiciaire?
N’oubliez pas que l’enjeu est spirituel, et qu’il est important que toute démarche de ce type soit accompagnée par la prière.

 

Prosélytisme

Une définition

Ce terme revêt de nos jours une connotation péjorative, devenant même, un peu abusivement, synonyme de "racolage", de mise en avant des spécificités d'un mouvement comme conditions de salut. Il s'apparente à l'intégrisme dans l'opinion publique. Le problème, c'est que la population confond facilement évangélisation et prosélytisme.
Faire du prosélytisme, selon l'Alliance Evangélique Mondiale (AEM), c'est rendre un témoignage indigne à l'Evangile. Il y a prosélytisme dès que les motivations sont injustes, ou que l'on recourt à des éléments de pression, de harcèlement, de conditionnement psychologique, ou encore que l'on cherche à abaisser les autres.
Par contre, annoncer l'Evangile, c'est présenter honnêtement et ouvertement l'Evangile, en laissant toute liberté aux auditeurs de se faire leur propre opinion. Tout chrétien se doit d'être sensible à ceux qui professent une autre foi et se doit de renoncer à toute approche qui vise à les forcer à se convertir. Mais en aucun cas, il ne doit renoncer à parler de sa foi en public. Cela fait partie de la liberté d'expression, et c'est même un exigence divine.

 

Réseau évangélique suisse (RES), Case postale 23, 1211 Genève 8, Tél. 022 890 10 30, Fax 022 890 10 31, E-mail info@evangelique.ch, CCP 10-22381-5