Évangéliques 2003/1
Le colloque des théologiens francophones, qui a eu lieu à Paris au cours de l’automne 2002, a abordé la question de l’identité des évangéliques. Les quelques courts textes ci-dessous sont l’écho de réflexions qui se sont faites dans ce cadre-là.
L’homo evangelicus existe !
L’homo evangelicus existe : il a une histoire, un cœur théologique, et quelques organes annexes. C’est ainsi que Jacques Buchhold, professeur de Nouveau Testament à la Faculté de Vaux-sur-Seine, a conclu le premier colloque de théologie évangélique francophone.
Une même histoire : le mouvement évangélique est l’héritier de la foi de la première Eglise, de celle des chrétiens du Moyen Age (Augustin et en partie Thomas d’Aquin), puis de la Réforme. Malheureusement, il arrive que des évangéliques se sentent davantage baptistes ou mennonites qu’évangéliques.
Un seul cœur : ceux qui se disent être évangéliques se rattachent à la tradition de l’Eglise (symboles), et aux grands principes de la Réforme. Traits particuliers : conversion, biblicisme, crucicentrisme. Mais aussi pessimisme quant à l’homme pécheur, et nécessité de l’évangélisation, avec la conviction qu’il n’y a de salut en aucun autre qu’en Jésus-Christ.
Si l’organe central est identique, faisant couler un même sang, il n’en demeure pas moins une diversité interne non négligeable : diversité qui est parfois source de richesse, mais qui reflète également la présence du péché.
Nous évaluons souvent notre diversité à l’aune de critères doctrinaux. Mais qu’en est-il d’une Eglise qui, tout en ayant une saine doctrine, aurait des pratiques qui s’en écarteraient, tombant par exemple dans le légalisme ? Il est évident que nous ne pouvons pas séparer notre pratique (orthopraxie) de notre doctrine (orthodoxie).
L’Alliance Évangélique souhaite être le reflet de l’ensemble de la mouvance évangélique
Il y a trente ans, raconte Jean-Claude Thienpont, pasteur en Belgique et professeur à la Faculté de Théologie d’Aix-en-Provence, " être vraiment chrétien, c’était faire partie d’une Eglise évangélique. Les catholiques devaient se convertir et les protestants se reconvertir. Et les évangéliques, s’ils ne pensaient pas être dans la seule véritable Eglise, n’en voyaient quand même pas d’autre. "
Le courant évangélique actuellement traverse toutes les Eglises. Les divisions aujourd’hui n’empruntent plus les fractures dénominationnelles, mais traversent de plus en plus les Eglises. Les évangéliques ne se trouvent donc pas seulement au sein des Eglises dites évangéliques (Eglises de professants), mais également dans les Eglises pluralistes. Ils se reconnaissent faire partie d’une mouvance, d’un mouvement de pensée.
Même si le mouvement évangélique souhaite épouser d’au plus près les contours de l’Eglise de Jésus-Christ, les limites exactes de l’Eglise, corps du Christ, ne peuvent bien sûr pas être cernées avec précision. Le courant évangélique n’est pas auto-suffisant. L’important en définitive n’est pas que nous nous comptions parmi les évangéliques, mais que nous demeurions dans la Vérité.
L’Alliance Évangélique souhaite être le reflet de ce que représente la mouvance évangélique, à la fois dans sa diversité et dans son unité. L’Alliance Évangélique n’est ni de droite, ni de gauche. Elle n’est pas non plus fondamentaliste, classique, charismatique ou oecuménisante. L’Alliance Évangélique rassemble d’abord et avant tout les chrétiens qui se considèrent faire partie de la mouvance évangélique.
Le questionnement évangélique face au catholicisme
La plupart des observateurs admettent que le catholicisme a énormément changé dans les cinquante dernières années. Les écarts entre un catholique charismatique et un intégriste sont vraiment très importants. Ce n’est pas parce qu’il existe une norme que l’on s’y plie nécessairement. La question clé reste néanmoins celle-ci : est-ce uniquement le Christ qui joue le rôle de médiateur entre Dieu et les hommes (position évangélique) ou l’Eglise a-t-elle un rôle de médiation (position catholique) ?
Si l’on peut rencontrer des catholiques qui adoptent des positions très proches de celles des évangéliques, reste la délicate question des additions faites à l’Écriture : le culte de la vierge et des saints, le rapport à l’Écriture et à la tradition. Beaucoup de catholiques semblent très loin de ces choses-là, mais ne les condamnent pas nécessairement.
Les évangéliques n’évaluent pas tous ces différences de la même manière. La question de savoir à partir de quand une fausse doctrine devient hérésie est une question de seuil. Il est souhaitable d’établir une hiérarchie entre les vérités non négociables et celles qui sont secondes, même si elles ne sont pas d’importance négligeable. Mais il est tout aussi important d’établir une échelle des différents niveaux de collaboration que l’on peut envisager. Lorsque l’on cherche à défendre une valeur éthique dans la société, il ne faut pas le même degré d’accord que lorsque l’on souhaite partager ensemble le repas du Seigneur.