Recherchez le bien de la cité
Ce que les Eglises évangéliques attendent de la politique fédérale. Une contribution au débat sur les valeurs.
Document de réflexion no 3, publié en octobre 2008
Préface de l’édition française
Parce que les chrétiens de conviction évangélique ont gagné ces dernières décennies en visibilité, leur engagement sociopolitique intéresse de plus en plus les médias et la société. Bien qu’ils aient été à l’origine de nombreuses œuvres sociales, et qu’ils soient aujourd’hui encore bien actifs dans le domaine social, leur engagement politique est plus récent.
En Suisse, l’existence de deux partis politiques « évangéliques » pose la question de savoir quels sont les liens entre l’Eglise et la politique. Y aurait-il soudainement une volonté de « moraliser » la société, d’imposer la loi divine à l’ensemble de la population ? Disons-le tout de go : si l’Eglise doit s’engager sur le plan des valeurs, il ne lui appartient ni d’établir ni de mettre en œuvre un programme politique. Son rôle ne se confond ni avec celui d’un parti politique, ni avec celui de l’Etat ; les évangéliques ont toujours revendiqué le principe de laïcité.
L’Eglise, en tant que corps social formé de chrétiens engagés à la suite du Christ, a reçu de Dieu le mandat de travailler au bien de la cité, c’est-à-dire de l’ensemble de ses citoyens. La foi chrétienne n’est pas privée, elle a un impact dans toutes les sphères de la société. Les valeurs et exigences qui découlent de la Bible sont universelles, qu’il s’agisse de : l’amour du prochain, la justice, la vérité, la liberté, la fidélité, la réconciliation, la solidarité, la responsabilité, le respect et l’ordre. Pour résumer les exigences qui découlent des dix commandements, Jésus dira : « Tu aimerais le Seigneur, ton Dieu … et ton prochain comme toi-même » (Lc 10.27). Ainsi l’amour du prochain, qui se traduit souvent au niveau social par la justice et l’équité, se révèle être le principe cardinal et la mesure du bon fonctionnement de toute société. C’est pourquoi l’Eglise jouera le rôle d’aiguillon en interpellant la société et ses décideurs sur le respect et le maintien de ces valeurs. Dans une société multiculturelle, il convient de rappeler aussi que seul le fait d’avoir des valeurs communes permet d’avancer dans une même direction et d’assurer une coexistence pacifique. Finalement, l’Eglise a encore pour tâche de discerner l’appel que Dieu adresse à des individus afin qu’ils s’investissent en vue du bien commun. Elle encouragera ceux-ci à accepter des mandats politiques en les accompagnant sur un chemin dressé d’embûches (avidité de pouvoir, recherche de notoriété, intérêts personnels ou corporatistes, etc.).
Le présent document a un double objectif : clarifier le mandat de l’Eglise en rapport avec la politique, et examiner comment les valeurs bibliques fondamentales trouvent une application concrète dans le domaine politique. Une grande partie des pages qui suivent sont consacrées à un examen attentif des enjeux éthiques tels qu’ils se présentent actuellement en politique fédérale. Les mesures générales qui sont proposées le sont à titre d’exemple, et ne constituent en aucun cas un programme politique.
En traduisant ce document publié en 2006 par l’association des unions d’Eglises de Suisse alémanique (VFG), le Réseau évangélique veut offrir aujourd’hui au public romand un document destiné à la réflexion et à l’action politique. Tout n’y figure pas, il suffit de mentionner la prévention du suicide, la situation de clandestinité semi tolérée des requérants d’asile dont la demande a été frappée d’une décision de non entrée en matière (NEM), la fraude et l’évasion fiscales. D’autres questions peuvent être discutées, comme ce qui est dit de la politique de formation ou de la politique au Proche-Orient. Des nuances sont aussi apportées par certaines traditions spirituelles (notamment le courant mennonite) dans la formulation théologique classique de Luther sur les deux Règnes (autonomie de l’Eglise par rapport à l’Etat). Le présent document a néanmoins pour ambition d’exprimer l’orientation générale que les chrétiens de conviction évangélique souhaitent imprimer à la politique fédérale pour le bien de la nation.
Je forme l’espoir que ce document saura susciter la réflexion, et mettre ainsi des individus en mouvement. Bonne lecture !
Genève, octobre 2008
Jean-Paul Zürcher
Secrétaire général du
Réseau évangélique
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